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ISSN : 1950-1684

 

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 Comptes rendus

Éric Verdeil, Ghaleb Faour et Sébastien Velut
Atlas du Liban. Territoires et société

2007, Beyrouth, IFPO-CNRS Liban, 207 p.
Compte rendu de : Mohamed Kamel Doraï,
chargé de recherches au CNRS, Institut français du Proche-Orient, Damas
Revue Transcontinentales 06/1er semestre 2008

Compte rendu
 L’Atlas du Liban qui vient de paraître propose une lecture originale de l’espace libanais contemporain (seules ­quelques cartes historiques sont présentées pour mettre en perspective la construction nationale libanaise). L’originalité de cet atlas repose sur la multiplicité des sources employées et leur mise en ­perspective critique dans les nombreux textes qui accompagnent les cartes. Plus qu’un ouvrage qui se serait contenté de rassembler des cartes, il permet grâce au texte de comprendre de façon synthétique les enjeux géopolitiques, économiques, démographiques, sociaux et urbanis­tiques du Liban d’aujourd’hui. La diversité des échelles d’analyse présentées aide le lecteur à saisir la multiplicité des lo­giques qui façonnent le territoire libanais, que ce soit les dynamiques à l’échelle mondiale ou régionales ou bien les transformations locales des espaces urbains ou ruraux. Il faut également souligner que les cartes et les textes sont souvent accompagnés de nombreux graphiques et tableaux qui viennent enrichir et compléter les thèmes développés.

La guerre puis la reconstruction ont marqué de façon significative le territoire libanais et sa population comme le montrent de nombreuses cartes à différentes échelles (déplacement de population, destructions, projets de reconstruction, etc.). Mais les auteurs inscrivent ces mutations dans un temps plus long et dans un contexte géographique plus vaste. Par exemple, le souci tout au long de l’ouvrage de replacer le Liban dans son contexte régional et dans son environnement le plus large nous donne à lire de façon concrète les effets de la mondialisation. Effectivement, le Liban est un pays qui depuis la deuxième moitié du xixe siècle se trouve fortement connecté avec l’espace mondial, ne serait-ce que par l’importante diaspora libanaise présente sur les cinq continents.

L’atlas est divisé en sept chapitres qui abordent successivement les thèmes suivants : la construction nationale et géopolitique régionale, le Liban dans la mondialisation, la population et le peuplement, les mutations territoriales, l’économie, la société (niveau de vie, équipements et infrastructures), et les politiques d’aménagement et d’équipements de la reconstruction. Enfin, une postface consacrée au territoire libanais à l’épreuve de la guerre présente une série de données relatives à la dernière guerre de juillet 2006.

Si dans le chapitre concernant le traitement de la population et du peuplement au Liban une importante place est faite à la question confessionnelle, incontournable puisque le système politique et social libanais repose en grande partie sur cette donnée, l’analyse ne se cantonne pas à ce seul découpage de la société contemporaine libanaise. Elle fait par exemple place aux différentes populations étrangères (réfugiées ou migrantes) présentes au Liban, en montrant leur importance numérique significative, et en rappelant que si le Liban est connu pour être un pays d’émigration, c’est aussi un pays qui joue un rôle singulier dans le système migratoire proche-oriental.

Le chapitre sur les mutations territoriales met l’accent sur l’importance des effets de la guerre du Liban en termes de mobilité des populations et des destructions occasionnées. Les dyna­miques de l’après-guerre sont analysées et montrent le rôle de polarisation de l’agglomération beyrouthine ainsi que l’importance de la densification des zones rurales, conséquences des cloisonnements hérités de la guerre. En parallèle, le chapitre sur la société montre les inégalités qui tra­versent le Liban : elles s’expriment dans différentes sphères comme l’accès aux infrastructures, à l’éducation, à la santé, et se traduisent par de fortes disparités territoriales. Les inégalités sont donc le reflet d’une série d’éléments qui ­croisent appartenance à une classe sociale, donnée confessionnelle et lieu de résidence, ces trois éléments étant en interrelations étroites.

Le chapitre consacré à la reconstruction montre la diversité des acteurs qui ­agissent en parallèle de l’évolution des pratiques sociales. Si les conséquences de la guerre dans le processus de reconstruction sont très importantes, le rôle des acteurs privés comme le volontarisme de l’État se doivent d’être relevés. La richesse des différents documents proposés, à l’échelle de la métropole beyrouthine comme à l’échelle du Liban tout entier, montre de façon très claire les différentes actions de reconstruction menées et leurs conséquences spatiales. Ce chapitre permet au lecteur de mieux saisir la complexité des actions d’aménagement de l’espace et leurs limites dans un contexte socio­politique en profonde mutation.

Enfin, la postface sur les conséquences de la guerre de juillet 2006 montre très clairement l’ampleur des destructions et les conséquences sur l’environnement des bombardements israéliens conduisant le Liban à affronter une nouvelle fois, dans un contexte régional tendu, la question de la reconstruction.

Cet atlas, le premier d’une série qui abordera la Syrie et la Jordanie, synthétise une somme de données très importantes sur le Liban contemporain, en offrant au lecteur des informations contextualisées et une approche critique des sources employées.

Mohamed Kamel Doraï,
chargé de recherches au CNRS, Institut français du Proche-Orient, Damas