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Appel à
communication
Call for papers in english below
Les CRES préparent un dossier sur le thème :
LES ENFANTS HORS L’ÉCOLE ET LE PARADIGME SCOLAIRE
Organisateurs
Ce dossier est coordonné par Mélanie Jacquemin et Bernard Schlemmer
S'informer
Les co-rédacteurs en chef de la revue sont Catherine Agulhon et Bernard Schlemmer
Délais
Les propositions, qui peuvent relever de toute discipline de sciences sociales, seront basées sur un travail d’enquête original. Un résumé des propositions – de une page pleine à deux pages (entre 3000 et 5000 signes, espaces compris) – doit parvenir avant le 10 juillet 2009, simultanément auprès des coordinateurs et des co-rédacteurs en chef de la revue :
• catherine.agulhon@orange.fr
• meljacquemin@gmail.com
• Bernard.Schlemmer@bondy.ird.fr
Après avis du Comité d’édition, les auteurs auront jusqu’au 1er novembre 2009 pour envoyer leur texte. Celui-ci sera soumis à des lecteurs extérieurs à la revue et au comité de rédaction des Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs, et les auteurs seront avertis avant la fin de l’année 2009 des suites : proposition non retenue, ou acceptation provisoire accompagnées de demandes et de suggestions de modification. Le manuscrit définitif devra parvenir avant le 1er juin 2010.
Le dossier paraîtra dans le n°10 des Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs, prévu pour paraître en 2011.
Problématique
L’idée selon laquelle « la place des enfants est à l’école » est tellement ancrée dans les esprits qu’on en oublie trop souvent qu’elle est historiquement déterminée et socialement construite. En réalité, la vocation universelle de l’école est peut-être un horizon à atteindre, certainement pas une réalité d’aujourd’hui, à l’échelle du monde. Dans nombre de pays dits du “Sud”, non seulement elle n’intègre pas en son sein tous les enfants en âge de l’être, mais c’est même une majorité des enfants concernés à qui le système scolaire ne “bénéficie” pas, ou peu.
• Certains – dans les pays pauvres – ne vont pas du tout à l’école, et depuis que la recherche sur le “travail des enfants” affine ses analyses, on sait qu’il ne s’agit pas seulement d’une insuffisance de l’offre scolaire, mais que l’absence d’une demande scolaire est également en cause, la mise au travail “précoce” étant une alternative acceptée, voire sciemment construite.
• D’autres – et on s’aperçoit de plus en plus que cela concerne aussi les pays riches – débutent la scolarité, mais quittent le cursus sans diplôme, ni même de qualification qui leur offrirait un avantage comparatif sur le marché du travail. Ils en sont exclus pour cause de compétition – perdue – avec ceux qui sont mieux à même d’y réussir.
Partir du point de vue de ces enfants, c’est ipso facto renverser le regard sur l’École et l’éducation. Si l’éducation reste un droit, le système scolaire cesse d’apparaître pour ce qu’il n’est pas : l’école émancipatrice qui a vocation d’assurer à tous les mêmes chances à l’entrée dans la vie. Aborder la question à partir du point de vue de ceux qui n’ont pas, de fait, la chance d’accéder à un cursus normal permet de se rendre compte qu’il s’agit non d’une insuffisance contingente, extérieure, liée à un simple manque de moyens ou à une absence de volonté politique, mais d’une impossibilité structurelle : l’école sélectionne. Elle a pu servir, collectivement, à la mobilité sociale ascendante, quand la demande de qualification était particulièrement forte, et peut toujours en faire profiter quelques cas individuel, mais elle n’offre nulle garantie de combler les handicaps des défavorisés. Comment contrer cette logique de sélection ? Quelle réforme des systèmes éducatifs permettrait de former chaque élève pour en faire un futur adulte capable à la fois d’être économiquement actif, et citoyen responsable, à même de défendre ses droits et de respecter ses devoirs, transmettre des valeurs ne stigmatisant pas le travail manuel et les savoirs pratiques ?
L’injonction de scolarisation faite par les organismes internationaux sur le modèle de la forme scolaire des pays riches est loin de convenir à tous les pays sommés de développer leur éducation. Ne présente-t-elle pas également des limites pour une part importante de la population scolaire des pays à la scolarisation développée ? Les enfants ont droit et besoin d’apprendre et d’être éduqués. Mais l’obligation scolaire répond-elle au droit à l’éducation ? Le « grand enfermement » qui caractérise, selon Ariès, l’institution scolaire, en est-il une forme historiquement dépassée ? Ou, au contraire, est-ce une condition de l’accès à certains types de savoirs, pas seulement académiques ? Si la scolarisation peut être un raccourci pour l’acquisition de certains savoirs, n’est-elle pas un frein à l’acquisition d’autres savoirs, aussi nécessaires, qui se transmettent sur le lieu de travail, dans la rue, sur la place publique ? Comment, dans le système économique, penser lier travail et éducation sans ouvrir la porte à l’exploitation ? Faut-il passer par les canons de la reconnaissance académique pour que ces savoirs soient socialement consacrés ou peut-on les court-circuiter ? Peut-on penser une éducation offrant l’égalité des chances dans une société inégalitaire ?
Les thèmes abordés pourront donc tourner autour de quelques axes majeurs :
• Typologies des populations concernées et leurs caractéristiques. Des enfants qui n’ont aucun accès à l’école à ceux dont on peut penser que le système scolaire est mal adapté à leurs particularismes, quelle hiérarchie et quels critères possibles ? Se pose ici la question de la catégorisation des enfants en marge de l’École. Comment sont définies des « populations-cibles » ? Quelles sont les implications de cette catégorisation ? Une population défavorisée peut-elle espérer une promotion sociale générationnelle collective, ou n’y a-t-il d’espace que pour des réussites individuelles ? Sous quelles conditions sociologiques peut-elle réussir une telle promotion ?
• Stratégies éducatives hors cursus scolaires et déterminants de la non-scolarisation. Quelles sont les logiques sous-jacentes à la mise au travail des enfants d’âge scolaire ? Et quelles sont celles qui déterminent la sortie ou l’exclusion du système scolaire ? Relèvent-elles davantage d’une faiblesse de l’offre (en terme de qualité de l’éducation ou en terme d’accès à l’école) ou d’une stratégie comparant les coûts et les bénéfices attendus ? Dans les pays où cette pratique tend à se développer, l’« instruction en famille » correspond-elle à un choix par défaut (maladie, handicap …) ou à une option mûrement réfléchie et assumée ?
• L’injonction scolaire. Ne justifie-t-elle pas un “excès d’école” : école trop chère, trop de livres, trop de devoirs et d’études qui interdisent d’autres modes d’apprentissage, école trop longue, prometteuse d’emplois qui n’existent pas, de diplômes qui ne valent rien ? L’option de la mise au travail est-elle contrainte, ou peut-elle constituer une alternative pertinente ? Faut-il alors rendre l’instruction compatible avec une activité extra scolaire ?
• Les alternatives proposées. Quel modèle peut-on proposer hors du modèle scolaire dominant ? Quelles sont les tentatives passées ou présentes, dans quels contextes ont-elles été mises en œuvre, quelles leçons peut-on en tirer ? Y a-t-il incompatibilité, ou complémentarité, entre l’école “entre les murs” et l’“école de la vie” ? La première peut-elle ne pas envahir tout l’espace de l’enfance ?
• Le point de vue des acteurs. Quelles sont les revendications et les propositions des acteurs et des organisations concernés : parents, syndicats professionnels, éducateurs, réseaux de soutien aux enfants « en difficulté », associations d’enfants travailleurs, États, organisations internationales, ONG ? Qu’en est-il du paradigme de la décentralisation scolaire prônée comme solution miracle ?
Toutes les disciplines de sciences sociales sont attendues. Les études pourront porter sur des cas pris au Nord ou au Sud, ou sur une comparaison internationale. Les recherches présentant un travail de terrain seront particulièrement bienvenues. Les textes doivent être des contributions originales, non publiées ailleurs.
CALL FOR PAPERS
CRES
(Cahiers de la Recherche sur l’Education et les Savoirs / Journals of Research on Education and Knowledge)
preparing a special journal issue on :
Out-of-School Children and the School Paradigm
Submission information
This special issue is coordinated by Mélanie Jacquemin and Bernard Schlemmer.
The co-editors in chief of the journal are Catherine Agulhon and Bernard Schlemmer.
Researchers from every discipline in social sciences are invited to submit paper proposals based on original fieldwork material. Abstracts and papers can be presented either in English or French.
Abstracts – up to 2 pages (3 000-5 000 characters, including spaces) – should be sent by the 10th of July 2009, simultaneously to the coordinators and to the co-editors in chief:
• catherine.agulhon@orange.fr
• meljacquemin@gmail.com
• Bernard.Schlemmer@bondy.ird.fr
After notification from the editing committee, authors are expected to send papers by the 1st of November 2009. They will be reviewed both by external readers and by the editorial board of the journal Cahiers de la Recherche sur l’Education et les Savoirs, and authors will be notified by December 2009 of one of the following options: non-accepted paper, or conditional acceptance with demands and propositions for modification.
Final papers should be sent by the 1st of June 2010.
The special issue will be published in the CRES n°10, due to come out in 2011.
Key question
The idea that « the place for children is at school » is so deeply rooted in the mind that we forget too often this conceptualisation is historically determined and socially built. As a matter of fact, the universal scope of school is probably an aspiration to reach, but certainly not today’s reality, on a worldwide scale. In many countries of the so-called “South”, not only children of school age are not all attending school, but it is even the majority of children who do not or “benefit” little from the schooling system.
• Some children – in poor countries – don’t go to school at all, and since research on “child labour” has refined its analysis, we know that it is not only linked to a deficiency in supply of schooling, but that it is also caused by a lack of demand, as early employment i.e. putting to work is an option which is accepted, or even deliberately constructed.
• Others – and we realize more and more that rich countries are also concerned – start schooling but leave the course without diplomas, or even any qualification which would give them a competitive advantage in the labour market. They are excluded from school because of competition from children more able to succeed – they are lost.
Starting from these children’s viewpoints, it is ipso facto reversing our look at School and education. If education remains a right, the school system is not what it appears to be: the availability of schooling to all, meant to assure everyone equal opportunities to start life. If we tackle the issue from the very point of view of children who, as a matter of fact, do not have the opportunity to access a normal course, we then realise that it’s not actually about an external deficiency, linked to a mere lack of means or to a lack of political will, but about a structural impossibility: school does select. School might have promoted, collectively, upward social mobility in a context when the demand in qualification was particularly high, and it may still benefit to some individual cases, but it does not at all guarantee to make up for the handicaps of the underprivileged. What could be done to counter this system of selection? What kind of reforms in school systems would make it possible to educate each pupil as a pre-adult able to be both economically active, and a responsible citizen who could defend his rights, respect his duties, and pass on values which do not stigmatize manual work and practical skills?
The injunction of schooling made by international organisations and based on the school model of rich countries is far from being suitable to all the countries summoned to develop education. We can also question whether this particular injunction presents limits for a large part of the school population in countries where schooling is highly developed. Children are entitled to and need to learn and be educated. But does the school obligation respond to the right to education? Is the “long imprisonment” which, according to Philippe Ariès, characterises the school institution, a stage which is historically outdated? Or, on the contrary, is it still a condition to access some types of knowledge, and not only academic? If school may be a cut short to gain certain bodies of learning, does it not also restraint the learning of other knowledge, equally necessary, which is passed on in the workplace, on the street, in public? In the actual economic system, how could we think about combining work and education without opening the door to exploitation? For these alternative and practical types of knowledge to be socially sanctioned, is it necessary to pass through academic rules, or is it possible to bypass them? Can we think of an education giving equal opportunities in an unequal society?
Main focus to address these themes and build papers around:
• Typology of populations concerned, and their characteristics. What existing hierarchy and what possible criteria between children who don’t have any access to school, and those for whom we may think that the school system is maladaptive to their specific needs? The point here is about classification of children on the margin of School. How are “targeted populations” defined? What about the implications of such a categorization? Can a disadvantaged population hope to be socially promoted in a generational and collective sense, or is there only a place for individual achievement? What sociological conditions are needed to succeed in such a promotion?
• Out-of-school educative strategies and determinants of non-schooling. What are the underlying logics of putting to work children of school age? And what logics determine children’s leaving or exclusion from the school system? Are they rather linked to inadequacy of the supply (in terms of quality of education or in terms of access to school), or to a strategy which compares expected costs and benefits? In countries where it tends to develop, does the practice of home schooling correspond to a choice by default (illness/disease, handicap), or to an option carefully thought through and fully assumed?
• The school injunction. Does it not justify an “excess of school”: school too expensive, too many books, too much homework and studying which exclude other forms of apprenticeship, school-time too long, the promise of jobs that do not exist and of worthless diplomas? Is the option of working forced, or can it be considered a relevant alternative?
• Proposed alternatives. What model could be proposed outside the dominant school model? What options have been tested in the past and present? In what contexts were they implemented, and what should we learn from them? Is school “in between walls” and the “school of life” incompatible or complementary? Is it possible for the first model not to overrun all the space of childhood?
• The protagonists’ point of view. What claims and what propositions are expressed by the concerned protagonists: parents, professional unions, youth workers, networks of support for children “in difficulties”, working children’s associations, States, international organisations, NGOs? What about the paradigm of school decentralization advocated as a miracle solution?
We expect contributions from all discipline of social sciences. Papers can deal with situations concerning the North or the South, or an international comparison. Research based on fieldwork is particularly welcomed. Papers need to be original contributions, not published elsewhere.
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